Cuba perd son premier opérateur hôtelier étranger : Meliá ferme 15 établissements sous la pression des sanctions américaines

Meliá Cohiba Hotel

Le groupe hôtelier espagnol Meliá, premier opérateur international de Cuba, a annoncé la fermeture immédiate de 15 hôtels sur l’île. Cette décision intervient dans un contexte de durcissement des sanctions américaines contre La Havane et souligne les difficultés croissantes auxquelles est confrontée l’économie cubaine, déjà fragilisée par une crise énergétique, une inflation élevée et l’effondrement du tourisme.

Un retrait majeur pour le secteur touristique cubain

Nouveau coup dur pour l’industrie touristique cubaine. Le groupe espagnol Meliá Hotels International a annoncé mercredi mettre fin « avec effet immédiat » à ses activités de gestion et de commercialisation dans 15 hôtels de l’île, soit près de la moitié des 34 établissements qu’il exploitait jusqu’à présent.

Premier opérateur hôtelier étranger à Cuba, Meliá constitue depuis plus de trois décennies un partenaire stratégique du secteur touristique local. Son retrait partiel marque une étape importante dans le désengagement progressif des investisseurs internationaux confrontés à un environnement économique et géopolitique de plus en plus complexe.

Dans son communiqué, le groupe évoque une combinaison de facteurs « géopolitiques, sociaux, juridiques et économiques » ayant fortement affecté l’exploitation de ses établissements. Sans citer directement Washington, l’entreprise fait clairement référence au durcissement récent de la politique américaine à l’égard de Cuba.

Les sanctions américaines accentuent la pression sur les entreprises étrangères

Le 1er mai, le président américain Donald Trump a signé un nouveau décret renforçant les sanctions contre le régime cubain. Ces mesures visent notamment les entreprises étrangères collaborant avec des entités contrôlées par l’État cubain, en particulier le conglomérat militaro-économique Gaesa.

Selon les autorités américaines, les groupes internationaux opérant sur l’île disposent jusqu’à vendredi pour rompre leurs liens avec Gaesa, sous peine de faire l’objet de restrictions ou de sanctions.

Cette échéance a déjà provoqué une série de retraits. La chaîne canadienne Blue Diamond a annoncé l’arrêt de l’ensemble de ses activités touristiques à Cuba. De son côté, le groupe espagnol Iberostar aurait décidé d’abandonner la gestion d’une dizaine d’hôtels exploités en partenariat avec des structures liées à l’État cubain.

Une industrie touristique en crise profonde

Au-delà des sanctions américaines, la décision de Meliá reflète l’état préoccupant de l’économie cubaine. Le tourisme, principal secteur générateur de devises de l’île avec les exportations de services médicaux, peine à retrouver son niveau d’avant-pandémie.

En 2019, Cuba avait accueilli près de 4,3 millions de visiteurs étrangers. En 2024, la fréquentation touristique est restée largement inférieure à ce niveau, pénalisée par les difficultés économiques, les pénuries récurrentes et les coupures d’électricité qui affectent l’ensemble du pays.

Meliá souligne d’ailleurs que l’impact financier de sa décision reste limité, une grande partie des hôtels concernés étant déjà fermés ou fonctionnant à capacité réduite en raison de la baisse de la demande et des problèmes énergétiques persistants.

Une économie cubaine sous tension

L’économie cubaine traverse actuellement l’une des périodes les plus difficiles depuis la disparition de l’Union soviétique au début des années 1990. La faiblesse des recettes en devises, la baisse des importations de carburant et le manque chronique d’investissements étrangers alimentent une crise structurelle.

Depuis le début de l’année, les restrictions sur les approvisionnements pétroliers ont aggravé les pénuries d’électricité, provoquant des interruptions de courant quotidiennes dans plusieurs régions de l’île. Ces difficultés pèsent directement sur les infrastructures touristiques, les transports et l’activité économique.

Pour les autorités cubaines, le départ progressif de grands groupes internationaux comme Meliá, Blue Diamond ou Iberostar constitue un signal particulièrement préoccupant. Le tourisme représente l’un des rares secteurs capables de générer rapidement des devises indispensables au financement des importations alimentaires et énergétiques du pays.

Un tournant pour la présence étrangère à Cuba

L’annonce de Meliá revêt une portée symbolique particulière. Le groupe espagnol avait été le premier grand opérateur hôtelier étranger à s’implanter à Cuba au début des années 1990, lorsque Fidel Castro avait ouvert le secteur touristique aux investissements internationaux pour compenser l’effondrement économique provoqué par la chute du bloc soviétique.

Plus de trente ans après cette ouverture, le retrait partiel du groupe illustre la fragilité du modèle touristique cubain face aux tensions géopolitiques et à la dégradation de l’environnement économique. Pour l’île, dont la croissance dépend largement de l’apport de capitaux étrangers et de visiteurs internationaux, les prochains mois s’annoncent décisifs.