
À El Fanguito, un quartier défavorisé de la capitale cubaine, des habitants ont bloqué une artère majeure pour dénoncer des coupures de courant interminables. Si l’électricité a finalement été rétablie, plusieurs participantes affirment avoir subi des intimidations, des arrestations et des amendes dans les heures qui ont suivi.
Une avenue paralysée par des mères et leurs enfants
Mercredi soir, le quartier d’El Fanguito, dans la municipalité de Plaza de la Revolución à La Havane, est devenu le théâtre d’une nouvelle manifestation contre les coupures d’électricité qui frappent Cuba depuis des mois. Des femmes et des enfants se sont assis sur l’avenue 23, l’une des principales artères de la capitale, empêchant la circulation des véhicules.
Les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des habitants demandant aux automobilistes de rebrousser chemin : « Faites demi-tour, cela fait plus de vingt-quatre heures que nous sommes sans électricité et les enfants pleurent. »
Les manifestants dénoncent une situation devenue insoutenable, marquée par des coupures qui s’enchaînent depuis le printemps, dans un contexte de pénuries généralisées.
L’électricité rétablie sous la pression
Face au rassemblement, des responsables locaux du Parti communiste et d’importants effectifs de police se sont rendus sur place afin de convaincre les habitants de lever le barrage.
Selon plusieurs témoignages, la tension est montée avec l’arrivée de plusieurs camions de police. Malgré cette démonstration de force, les manifestants sont restés sur place jusqu’à ce qu’un technicien de la compagnie d’électricité intervienne pour rétablir le courant. Les images montrent alors des scènes de soulagement et de joie parmi les habitants.
Des représailles dénoncées dès le lendemain
La satisfaction aura toutefois été de courte durée. Dès le lendemain, plusieurs participantes affirment avoir été convoquées par la police, menacées ou sanctionnées.
Dans une vidéo largement relayée, un agent de la Sécurité de l’État avertit les habitants qu’il connaît les personnes ayant diffusé les images de la manifestation sur les réseaux sociaux et affirme que leur publication constitue une infraction.
Le musicien et militant El Funky affirme que plusieurs mères de famille ont été interpellées. L’une d’elles, María Yilian Franco Díaz, aurait été conduite dans un commissariat avec son fils de quatre ans.
Lors d’une diffusion en direct sur Facebook, une habitante raconte que les autorités avaient promis qu’aucune sanction ne suivrait la manifestation. Selon elle, cette promesse n’a pas été tenue. Elle affirme que plusieurs mères ont été arrêtées en compagnie de leurs enfants.
« Nous voulons seulement avoir de l’électricité »
Les témoignages recueillis auprès des habitants traduisent davantage une exaspération sociale qu’un mot d’ordre politique.
« Nous ne demandons ni la chute du gouvernement ni autre chose. Nous voulons simplement avoir de l’électricité comme tout le monde », explique un riverain, résumant la prudence des manifestants face au risque de répression.
Les habitants décrivent un quotidien marqué par les coupures d’électricité, le manque de nourriture, les difficultés sanitaires et la prolifération des moustiques, favorisée selon eux par l’absence d’opérations de désinsectisation. Une mère raconte que son fils souffre désormais d’une dénutrition sévère.
Plusieurs participantes disent également avoir reçu des amendes de 7 000 pesos après la manifestation.
Une contestation qui s’étend à toute la capitale
La mobilisation d’El Fanguito s’inscrit dans une série de protestations observées ces derniers jours dans plusieurs quartiers de La Havane, notamment à La Lisa, Guanabacoa, Cerro, Centro Habana et San Miguel del Padrón.
Les formes de contestation se multiplient : barrages routiers, concerts de casseroles, incendies de pneus ou de conteneurs à déchets. Dans certains secteurs, des habitants dénoncent également un traitement inégal dans la distribution de l’électricité, accusant la compagnie publique de privilégier certains circuits.
À Lawton, dans la municipalité de Diez de Octubre, des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent une manifestante renversée par un véhicule lors d’un concert de casseroles. Le conducteur aurait quitté les lieux sans être interpellé, malgré la présence de policiers.
Une crise énergétique qui s’aggrave
Devant l’Assemblée nationale, le ministre cubain de l’Énergie et des Mines, Vicente de la O Levy, a reconnu que certaines localités étaient privées d’électricité depuis plus de cent jours.
Le gouvernement attribue cette situation au manque de carburant, à la vétusté des infrastructures électriques, aux vols d’équipements et à l’absence de transformateurs de remplacement.
« Il n’y a pas d’énergie à distribuer », a résumé le ministre.
Alors que les coupures dépassent désormais régulièrement trente heures consécutives dans certains quartiers de La Havane, la crise énergétique nourrit une contestation de plus en plus visible, révélatrice d’un mécontentement social qui s’exprime désormais bien au-delà des seules questions d’approvisionnement électrique.
Sources 14 y medio https://www.14ymedio.com