Les libertaires ont lutté à Cuba contre toutes sortes de régimes despotiques ; celui de Batista ne fit pas exception. Des centaines d’anarchistes cubains subirent persécutions, tortures, mort et exil pour leur participation à des actions de protestation, y compris armées, contre la dictature. Parmi les combattants anti-batistians se trouvaient de nombreux anarchistes : Boris Luis Santa Coloma (mort lors de l’attaque de la caserne Moncada), Miguel Rivas (disparu), Aquiles Iglesias et Barbeito Álvarez (bannis), ainsi qu’Isidro Moscú, Roberto Bretau, Manuel Gerona, Rafael Cerra, Modesto Barbieta, María Pinar González, Dr. Pablo Madan, Plácido Méndez, Eulogio Reloba (et ses fils), Abelardo Iglesias et Mario García (également avec leurs fils aînés). Tous furent emprisonnés et, dans certains cas, torturés jusqu’à la mort, comme ce fut le cas d’Isidro Moscú.

La Havane en janvier 1959
Les anarchistes furent présents dans les guérillas. Dans celles de l’Oriente participèrent Gilberto Liman et Luis Linsuaín. Dans celles de l’Escambray, l’une des figures principales fut Plácido Méndez. La lutte urbaine compta sur le local de l’Association libertaire de La Havane comme centre de réunions conspiratives, tant pour le 26 Juillet que pour le Directoire Révolutionnaire.
La perspective libertaire sur la nature de la Révolution cubaine
Au début des années soixante, la revue libertaire argentine Reconstruir publia une série d’articles extraordinairement révélateurs sur la révolution cubaine. Ces textes constituent un matériau de première main pour interpréter, d’un point de vue libertaire, le processus socio-politique qui conduisit au renversement de Batista et pour comprendre l’essence du nouveau régime établi. On y distingue les travaux signés par Justo Muriel, Gastón Leval, Augusto Souchy et surtout ceux d’Abelardo Iglesias, vétéran de la guerre civile espagnole et participant à la lutte anti-batistienne.
Parmi les références particulièrement importantes qu’Iglesias offre sur le moment du triomphe révolutionnaire figurent ses évaluations des acquis syndicaux obtenus par les ouvriers cubains (dont ils seraient privés par leur « Révolution ») et sa « lecture » de l’apothéotique « Marche sur La Havane » de Fidel. Pour Iglesias, il ne s’agissait que d’une comédie copiée sur la marche de Mussolini sur Rome. Ce spectacle coûteux n’avait, selon lui, aucun sens militaire : le peuple cubain s’était déjà libéré de Batista. Il s’agissait simplement d’une cérémonie ostentatoire du pouvoir du nouveau caudillo.
Les textes publiés par Reconstruir dévoilent le caractère pluriclassiste, réformiste et démocratique que la révolution cubaine eut à ses débuts, ainsi que l’absence – sauf dans des éléments très isolés – du radical anti-américanisme et du prosoviétisme mis en vogue par Fidel Castro après s’être solidement installé au pouvoir. Il en ressort qu’il ne s’agissait pas d’une véritable révolution ouvrière et paysanne, et qu’elle n’avait pas conduit au rétablissement des libertés civiles ni à la création d’un système socialiste ; au contraire, les droits humains les plus élémentaires y étaient violés et les travailleurs des champs et des villes continuaient d’être aliénés des moyens de production, de la même manière, voire pire, qu’auparavant.
Malgré les plus de trente années écoulées depuis leur publication, ces articles conservent une grande actualité, notamment les analyses d’Iglesias sur le fonctionnement de la nouvelle oligarchie gouvernante, ses techniques de propagande, de coercition et de mobilisation de masse.
Malheureusement, une « cubanologie » savante retranchée dans certaines universités européennes et latino-américaines ignore des articles comme ceux de Reconstruir ou d’autres travaux détaillant la dénaturation stalinienne subie par la révolution cubaine – un processus entamé bien avant la confrontation (en réalité provoquée par Fidel Castro) avec les États-Unis.
Notre homme à La Havane
Les Soviétiques découvrirent très tôt en Fidel Castro un individu doté d’une habileté politique suffisante pour s’attribuer la victoire révolutionnaire – qui appartenait en réalité à l’ensemble des diverses forces sociales ayant affronté Batista. L’image bourgeoise-latifundiste du jeune Castro évita que les Cubains ne soupçonnent ce qu’il déclara lui-même en 1961 : qu’il avait été un marxiste convaincu (bien qu’immature) depuis les débuts de la lutte armée. Toutes ses actions et déclarations politiques de cette période visaient à créer la confusion quant à sa véritable idéologie. Certains lui attribuèrent des conceptions fascistes, d’autres anarchistes.
Plusieurs tombèrent dans le piège de considérer Castro comme libertaire, y compris le chef de la propagande du Parti socialiste populaire (le parti des staliniens cubains), Luis Mas Martín, qui tenta d’utiliser Raúl Castro pour influencer Fidel. En 1959 encore, Mas Martín pensait que Fidel Castro était un anarchiste dont la haine des États-Unis le mènerait entre les mains du Parti communiste, surtout si les Nord-Américains « continuaient d’agir de manière idiote ».
Il est très probable que les stratèges soviétiques préférèrent compartimenter l’information sur leurs plans pour Cuba entre la nouvelle main droite (le KGB) et l’ancienne gauche stalinienne déjà implantée sur l’île depuis les années 1920. Cela expliquerait que Mas Martín et d’autres dirigeants du PSP aient ignoré les projets soviétiques pour la révolution cubaine.
Le premier gouvernement révolutionnaire avait une apparence libérale. Le président Manuel Urrutia, désigné par Fidel Castro, avait défendu en tant que magistrat le droit de Castro à se rebeller contre la dictature de Batista, mais il était aussi un opposant déclaré à l’impérialisme soviétique – position partagée par de nombreux militants du 26 Juillet et d’autres organisations révolutionnaires. Ils croyaient en Fidel, mais non en Raúl Castro ni en Ernesto Che Guevara, déclarés prosoviétiques.
Très vite, il apparut que ce gouvernement provisoire n’avait pas de véritable pouvoir. Quelques mois plus tard, le président Urrutia fut contraint de démissionner par une manœuvre qu’il qualifia lui-même de « coup d’État du 17 juillet ».

Camilo Cienfuegos
La pénétration communiste fut dénoncée par le commandant Huber Matos, chef militaire de Camagüey, ce qui lui valut d’être accusé de trahison et condamné à vingt ans de prison. C’est au milieu du procès contre Matos que Camilo Cienfuegos disparut, officiellement à la suite d’un « accident d’avion ». Mais une autre version est rapportée par le capitaine Roberto Cárdenas, chef de la base aérienne de Camagüey au moment des faits, qui affirme que Camilo aurait été tué au Palais présidentiel à la suite d’une dispute avec Fidel et Raúl Castro.
Selon Cárdenas, il retrouva l’avion de Camilo dissimulé dans une propriété appelée « La Larga », à 25 miles au sud-est de Camagüey, caché sous des feuilles de palmier et avec les insignes recouverts de peinture blanche.
Camilo fut l’une des figures dont le charisme et l’idéologie ambiguë, associés au brassard rouge et noir du 26 Juillet, contribuèrent à la confusion sur la supposée matrice libertaire de la révolution cubaine. Cependant, selon l’historien Frank Fernández, il n’existe aucune preuve d’une idéologie anarchiste chez Camilo.
Les événements se succédèrent avec une telle rapidité que les forces anti-staliniennes de la révolution ne parvinrent pas à arrêter la pénétration prosoviétique. Les secteurs politiques, économiques, idéologiques et surtout répressifs de l’appareil d’État furent rapidement contrôlés par des cadres communistes.
Espagne, éloigne de moi ce calice
Il ne se produisait rien de « nouveau sous le soleil » ; les anarchistes cubains, qui avaient combattu pendant la guerre civile espagnole, découvrirent qu’à Cuba se répétait, mais à une échelle plus vaste qu’en Espagne, le modus operandi des communistes. Durant la guerre civile, les staliniens, s’abritant derrière la lutte antifasciste ainsi que derrière le soutien économique et en matière de renseignement offert par l’URSS, obtinrent des positions de pouvoir suffisantes pour anéantir traîtreusement de nombreux antifranquistes.
La décision d’apporter une aide à la République espagnole fut prise par Staline le 31 août 1936, lors d’une réunion du Politburo tenue à Moscou. Dès lors, le Komintern et ses divers agents, organisations secrètes et réseaux d’espionnage se préparèrent à un engagement militaire accru. Le 14 septembre eut lieu une réunion décisive, rien de moins qu’au siège de la tristement célèbre Loubianka, apparemment en présence de Iagoda, chef de la police secrète NKVD. Il y fut décidé d’organiser l’aide militaire directe de la Russie à l’Espagne – un jour, nous saurons peut-être où fut prise la décision analogue concernant Cuba. Lors de cette réunion, la tâche de superviser les envois d’armes et de personnel vers l’Espagne fut confiée au NKVD, et « Alexander Orlov » (pseudonyme) fut nommé officier responsable. Cet individu serait l’éminence grise chargée d’appliquer en Espagne nombre des mesures répressives que, un peu plus de vingt ans plus tard, ses disciples utiliseraient contre les anarchistes à Cuba.
Il convient de rappeler ici, à titre d’exemple, l’un des cas les plus scandaleux de répression stalinienne en Espagne : l’anéantissement du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM). Cette organisation, qui comptait environ 60 000 membres, était dirigée par Andrés Nin, ancien secrétaire de Trotski à Moscou, et adoptait une position résolument critique à l’égard du stalinisme. C’est d’ailleurs grâce à l’influence de Nin sur le communiste cubain Sandalio Junco que le trotskisme vit le jour à Cuba. Il n’est pas fortuit que Junco tombât, une décennie plus tard, comme son mentor, aux mains du stalinisme, abattu par un groupe auquel participait notamment Armando Acosta. Ce dernier deviendrait l’assistant du Che lors de son incursion guérillera dans les Villas, puis président des Comités de défense de la Révolution.
Revenons à l’Espagne. Le prestige de Nin lui permit d’occuper le portefeuille de ministre de la Justice au sein du gouvernement catalan, ce qui valut au POUM les critiques de Trotski. Malgré cela, le POUM ne se rallia pas au stalinisme ; il demeura l’un des rares groupes, au sein de la République, qui, avec certaines publications anarchistes, osa dénoncer les procès de Moscou.
Les communistes espagnols et leurs alliés internationaux lancèrent une vigoureuse campagne contre le POUM. La première étape fut l’expulsion de Nin du gouvernement catalan en décembre 1936. Le point culminant fut son arrestation et sa disparition. Les dirigeants du POUM furent accusés de fascisme. Les persécutions et les tortures étaient menées par des communistes étrangers suivant les instructions d’Orlov, qui insistait pour que le gouvernement espagnol ne fût pas informé de l’affaire. Pendant ce temps, socialistes et républicains, absorbés par leur lutte contre Franco, y prêtèrent à peine attention. Après l’assassinat de Nin, les hommes d’Orlov restèrent actifs, tandis qu’était créé un service de contre-espionnage appelé SIM (Service d’Investigation Militaire), destiné notamment à limiter l’activité des anarchistes. Bien qu’au départ le SIM ait servi loyalement le gouvernement républicain – allant même jusqu’à dénoncer certains agents russes qui agissaient sans le consulter – il finit par se transformer en police politique des communistes.
L’historien Hugh Thomas rapporte :
« Quoi qu’il en soit, le SIM commença bientôt à employer les ignobles méthodes de torture du NKVD : on construisit des cellules si exiguës qu’un prisonnier pouvait à peine s’y tenir, avec un sol fait de briques posées de chant. On installa de puissantes lumières électriques provoquant l’éblouissement, on utilisa des bruits assourdissants, des bains glacés, des fers chauffés à blanc ou des matraques. Le SIM fut responsable de l’assassinat de plusieurs recrues de l’armée républicaine, non seulement des lâches et des inefficaces, mais aussi de ceux qui refusaient de suivre les ordres des chefs communistes. »
De la même manière que le stalinisme en Espagne tenta de faire passer les militants du POUM pour des agents des « Nationaux », on chercha à présenter les opposants à Castro – parmi lesquels anarchistes et trotskystes – comme des alliés de la réaction ou des agents de l’impérialisme. L’assimilation de l’anti-stalinien aux forces de la « contre-révolution » serait appliquée à Cuba grâce aux « conseils » de nombreux cadres formés durant la guerre civile espagnole, ou de fils de communistes éduqués dans « la patrie de Lénine ». Il n’est donc pas surprenant de constater des similitudes entre les méthodes de pression utilisées dans les prisons cubaines, selon les témoignages des nouveaux prisonniers politiques, et celles décrites par Hugh Thomas à propos des prisons du SIM en Espagne.
On peut ainsi conclure que la guerre civile espagnole servit de laboratoire aux stratèges soviétiques, dont les méthodes furent ensuite appliquées dans la satellisation des pays d’Europe de l’Est, et tout particulièrement à Cuba, dont le contexte socioculturel présentait des affinités avec celui de l’Espagne.
Voyons comment débute le dossier cubain du KGB – en écartant la version de Salvador Díaz Verson selon laquelle Castro aurait été recruté en 1948. Au milieu des années 1950, les services de renseignement soviétiques doutaient fortement de la possibilité d’un pouvoir communiste en Amérique latine, étant donné l’énorme influence des États-Unis sur le continent. Pourtant, ils disposaient d’un vivier d’espions considérable : les partis communistes, véritables bras politiques de l’URSS dans la région, capables de déclencher une révolution ou de l’entraver selon qu’elle servait ou nuisait aux intérêts soviétiques.
Le premier, au sein du KGB, à percevoir le potentiel de Castro pour les intérêts régionaux de l’URSS fut le jeune officier hispanophone Nikolaï Sergueïevitch Leonov, en poste à Mexico. Leonov avait « connu » Raúl Castro en 1951, à l’occasion du Festival mondial de la jeunesse à Vienne. Ce premier contact eut lieu sur le navire qui ramenait le frère de Fidel d’Europe. Commençait ainsi une histoire qui ferait pâlir la plus fantastique des aventures de James Bond, mais avec un dénouement inverse : la victoire éclatante du KGB sur les services de renseignement occidentaux.

Leonov fréquentait la maison de la célèbre María Antonia – mentionnée par Ernesto Guevara dans sa lettre d’adieu à Fidel avant l’aventure bolivienne. Là, il se lia d’amitié avec Ernesto Guevara, un « rebelle sans cause » argentin à l’idéologie marxiste encore vague, admirateur de Mao, recruté par Ñico López et Raúl Castro pour le mouvement armé. Guevara rencontrerait ensuite Leonov à l’ambassade et dans les institutions « culturelles » soviétiques à Mexico, où il recevrait le meilleur de la littérature soviétique – et, bien sûr, de sa propagande.
Carlos Franqui raconte que lorsqu’il fit la connaissance de Guevara, celui-ci lisait les thèses de Lénine commentées par Staline. À la question de savoir s’il avait lu le rapport de Khrouchtchev au XXe Congrès du PCUS, Guevara répondit qu’il s’agissait de « propagande impérialiste ». Il affirma également que la révolution hongroise anti-stalinienne n’avait été qu’une émeute fasciste. Sans qu’on puisse affirmer que le Che ait été un agent professionnel du KGB, il ne fait guère de doute qu’il devint, avec Raúl Castro, un véritable cheval de Troie de la pénétration prosoviétique au sein des guérillas, puis de la prise de contrôle de la Révolution cubaine par les communistes.
Alors qu’il n’était qu’un membre parmi d’autres lors de la préparation du Granma, Guevara reçut les meilleures évaluations et devint l’élève préféré d’Alberto Bayo, prestigieux officier de l’armée républicaine espagnole, qui forma les expéditionnaires.
Devenu commandant guérillero, Guevara favorisa les cadres du PSP dans la guérilla, notamment Carlos Rafael Rodríguez et Armando Acosta. Mais Guevara et Raúl n’étaient pas les seuls à avoir des contacts directs avec le représentant du KGB : Fidel Castro lui-même s’était adressé à l’ambassade soviétique pour obtenir une aide militaire contre Batista. Leonov commença à le rencontrer régulièrement, lui offrant son soutien moral, tenant compte de son contrôle total sur le Mouvement du 26 Juillet et du fait que Raúl et le Che se considéraient déjà comme de véritables marxistes-léninistes.
Un second moment crucial survint au début de 1959, lorsque l’agent du KGB Alexander Alexeiev – sous couverture de journaliste de l’agence TASS – se rendit à Cuba pour rencontrer Guevara puis Castro, leur promettant le soutien nécessaire de l’URSS. En juillet 1959, Ramiro Valdés, chef du renseignement de Castro, tint une réunion clandestine à Mexico avec l’ambassadeur soviétique et un représentant du KGB. Il en résulta l’accord d’envoyer plus de cent conseillers du KGB pour organiser les services de sécurité du régime. Ces conseillers furent choisis parmi « les enfants », c’est-à-dire les fils de communistes espagnols exilés en Russie. On envoya également le vétéran espagnol Enrique Líster, ancien chef de propagande du Parti communiste espagnol et farouche critique des expériences libertaires pendant la guerre civile.
Dans ses mémoires, Líster qualifia la révolution anarchiste d’Aragon de « tyrannie inhumaine » fondée sur la terreur et le crime organisé. Pourtant, c’est à lui qu’échut à Cuba la gloire douteuse d’avoir contribué à créer l’un des appareils de surveillance collective les plus efficaces qu’ait connus une société totalitaire : les Comités de défense de la Révolution, placés sous la présidence d’Armando Acosta.
Ainsi, ceux qui s’étaient affrontés durant la guerre civile espagnole – staliniens et anti-staliniens – se retrouvèrent à nouveau face à face à Cuba. L’exemple du grand intellectuel républicain Antonio Ortega illustre ce destin. Exilé à Cuba en 1939, il devint chef de l’information de la revue Bohemia, puis directeur de Carteles. Opposant à Batista, il fut bientôt déçu par l’orientation communiste du nouveau régime et choisit l’exil au Venezuela, où il fonda Bohemia Libre. Il mourut pauvre mais libre à Caracas en 1970.
Un autre cas est celui de Salvador García, militant libertaire espagnol, ancien combattant de la guerre civile et résistant contre l’occupation allemande en France. Émigré à Cuba, il dut s’exiler en 1963. Son témoignage, publié dans Reconstruir, constitue l’une des critiques les plus sévères émises par un anarchiste espagnol contre le régime castriste : il y dénonçait l’émergence d’une nouvelle classe dirigeante, l’emprise de l’État totalitaire, la répression de toute contestation, les privilèges des techniciens soviétiques, la baisse du niveau de vie et la perte des droits syndicaux.
Il espérait encore une libération prochaine, tout en reconnaissant qu’« il n’est pas facile pour un peuple de se libérer par lui-même », évoquant l’Espagne franquiste.
Malheureusement, le régime de Fidel Castro dépasserait celui de Franco par sa durée et par l’absence de libertés. À une table dressée par le KGB, l’anarchisme n’avait pas sa place. Avec l’établissement du pouvoir absolu de Fidel Castro, les anarchistes cubains n’avaient plus qu’une certitude : leurs jours sur l’île étaient comptés.
Carlos Estefanía
Article publié à l’origine dans Iniciativa Socialista n° 59, hiver 2000-2001. Carlos M. Estefanía, dissident cubain résidant en Suède, est directeur de la revue électronique Cuba Nuestra.
Sources
– Abelardo Iglesias, « Révolution et dictature à Cuba », Reconstruir, 20/10/62, Buenos Aires, Argentine ; et Reconstruir, compilation d’articles, 1963 / Notes complémentaires à l’article d’Alfredo Gómez. Dans Guángara Libertaria, automne 1991.
– Agrupación Sindicalista Libertaria, « Déclaration de principes », La Havane, juin 1960. Dans Guángara Libertaria, été 1990 – Alfredo Gómez, Les anarchistes cubains ou la mauvaise conscience de l’anarchisme. Dans Guángara Libertaria, été 1981.
– Anna Johansson, Annika Hjelm, Rebecka Bohlin, « Kuba ur ett frihetligt perspektiv » (Cuba dans une perspective libertaire), dans Syndikalisten, avril 1998, Stockholm.
– August Souchy, « Témoignages sur la Révolution cubaine », Reconstruir, Buenos Aires, Argentine, déc. 1960.
– Christopher Andrew, Le KGB de l’intérieur, Nonnierr Fakta Bokförlag CAAB, Uddevalla, 1991. – Frank Fernández : The Anarchist & Liberty, Monty Miller Press, 1987 / Lucha Justa y necesaria, oct. 1996, pp. 88-90 / « Hommage à Santiago Cobo » dans Guángara Libertaria, hiver 1992, vol. 13, n° 49 / Lettre personnelle à l’auteur, 5 décembre 1997.
– Gastón Leval, « Le castro-communisme ne peut tromper personne », Reconstruir, 21, nov.-déc. 1962.
– Hugh Thomas, La Guerre civile espagnole, tome I, Grijalbo Mondadori, Barcelone, 1995.
– Jorge Domingo Antonio Ortega, « De retour », La Gaceta de Cuba, n° 2, mars/avril 1998, La Havane.
– Justo Muriel, « Les Cubains et la liberté », Reconstruir, n° 41, mars-avril 1961.
– Paco Cabello, « À cent ans de l’indépendance cubaine… le pape à Cuba », CNT, février-avril 1998. – Roberto Cárdenas, « La mort de Camilo Cienfuegos », Reconstruir, nov.-déc. 1961.