La Havane dénonce une tentative d’infiltration armée venue de Floride

Les autorités de Cuba ont annoncé avoir déjoué, mercredi 25 février, une tentative d’« infiltration à des fins terroristes » au large de l’île. Selon le ministère de l’intérieur, une vedette rapide immatriculée en Floride transportant dix hommes armés – présentés comme des Cubains résidant aux États-Unis – a été interceptée près de Cayo Falcones, dans la province de Villa Clara.

Un échange de tirs avec les gardes-côtes cubains a fait quatre morts et six blessés parmi les occupants du bateau. Les autorités affirment avoir saisi des fusils d’assaut, des armes de poing, des explosifs artisanaux et du matériel paramilitaire. Deux des blessés figureraient sur la liste nationale des personnes recherchées. Un complice présumé, envoyé depuis les États-Unis pour accueillir le groupe, a été arrêté à terre et aurait reconnu les faits.

L’incident est suivi de près à Washington. Le secrétaire d’État Marco Rubio a indiqué que son pays agirait « en conséquence » après vérification des informations. Le procureur général de Floride, James Uthmeier, a ouvert une enquête, tandis que le vice-président J. D. Vance a assuré que la situation était « surveillée ».

Cet épisode intervient dans un contexte de fortes tensions entre La Havane et Washington, ravivées par la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines et la suspension des livraisons de pétrole à Cuba. Si les États-Unis ont récemment assoupli, pour raisons humanitaires, certaines restrictions sur les exportations de pétrole vers l’île, ils maintiennent une politique de pression maximale et conditionnent tout nouvel allègement à des réformes profondes du régime cubain.

L’heure est encore aux incertitudes. Chaque pays a annoncé l’ouverture d’une enquête, dans un climat de défiance réciproque tel que ni La Havane ni Washington n’accorderont foi à la version de l’autre.

Certains observateurs esquissent un parallèle – certes hasardeux – avec le débarquement de la Baie des Cochons en 1961, lorsque des exilés cubains basés à Miami avaient tenté de reprendre l’île. Mais la comparaison atteint vite ses limites : l’opération d’alors mobilisait plusieurs centaines d’hommes, contre une poignée seulement aujourd’hui.

À ce stade, l’implication directe des États-Unis demeure impossible à établir. L’histoire des relations entre les deux pays est marquée par une longue tradition d’ingérences et d’actions indirectes de Washington contre Cuba. Reste à distinguer ce qui relève d’initiatives d’exilés anticastristes et ce qui procède d’une stratégie étatique.

Dans les années 1990, l’organisation Brothers to the Rescue illustrait cette zone grise : sous couvert d’assistance maritime aux migrants tentant de gagner la Floride, elle menait des actions hostiles au régime cubain, jusqu’à ce qu’un de ses avions soit abattu par l’armée de La Havane.