L’OIT relance la pression sur le régime pour qu’il reconnaisse un syndicat indépendant

Sept rappels à l’ordre en dix ans, sans résultat. Dans un nouveau rapport, l’Organisation internationale du travail estime que les autorités cubaines continuent de violer la liberté syndicale en refusant de reconnaître l’Association syndicale indépendante de Cuba (ASIC). Elle réclame aussi une enquête sur les accusations de harcèlement contre ses militants et l’autorisation d’une mission internationale sur l’île.

Près de dix ans après l’ouverture d’une procédure contre Cuba, le constat de l’Organisation internationale du travail (OIT) n’a guère changé. Dans son rapport n° 415, publié en juin 2026, le Comité de la liberté syndicale (CLS) reproche une nouvelle fois à La Havane de ne pas respecter ses engagements internationaux en matière de liberté syndicale et de maintenir dans l’illégalité le principal syndicat indépendant du pays, l’Association syndicale indépendante de Cuba (ASIC).

Le dossier remonte à décembre 2016, lorsque l’ASIC avait saisi l’OIT pour dénoncer le refus des autorités de lui accorder une existence légale ainsi que les pressions exercées contre ses responsables. Dix ans plus tard, le Comité estime que rien ne justifie de revoir son appréciation : aucune avancée substantielle n’a été enregistrée.

Pour les experts de l’OIT, la reconnaissance officielle d’un syndicat ne relève pas d’une simple formalité administrative. C’est une condition indispensable à l’exercice effectif de la liberté syndicale. En empêcher l’enregistrement revient, de fait, à empêcher les travailleurs de s’organiser librement.

Une liste de griefs inchangée

Le Comité reprend donc les mêmes exigences qu’en 2025. Il demande au gouvernement cubain de reconnaître juridiquement l’ASIC, de mettre fin aux entraves qui limitent ses activités, de communiquer les résultats des enquêtes réclamées sur les poursuites visant plusieurs syndicalistes et d’accepter, enfin, une mission de contacts directs de l’OIT. Cette visite est réclamée depuis 2022, sans qu’aucune réponse positive n’ait été donnée.

Le rapport exprime aussi son irritation face à l’absence d’informations précises fournies par les autorités. Les réponses transmises par La Havane demeurent générales et ne permettent pas de vérifier les faits dénoncés. Dans le même temps, les accusations de nouvelles intimidations continuent de parvenir au Comité.

« Le Comité ne peut que constater, une fois encore, la persistance de versions divergentes entre le gouvernement et l’organisation plaignante », résume le rapport.

Arrestations, surveillance et intimidations

L’ASIC affirme avoir documenté de nouveaux cas de harcèlement en 2025. Menaces, surveillance, arrestations de courte durée et interrogatoires auraient visé plusieurs de ses responsables et militants.

Le rapport évoque notamment les pressions exercées contre une dizaine de syndicalistes lors des commémorations des manifestations du 11 juillet 2021, dans les provinces de La Havane, Matanzas et Cienfuegos. D’autres incidents concernent le journaliste Julio Aleaga Pesant, le dirigeant syndical Emilio Alberto Gottardi Gottardi, le militant Lázaro Roberto Aguiar Mendoza ou encore le secrétaire général de l’ASIC, Iván Hernández Carrillo, arrêté puis interrogé selon l’organisation.

Le gouvernement cubain balaie ces accusations. Selon lui, l’ASIC ne peut être considérée comme une organisation syndicale au sens de la Convention n° 87 de l’OIT, ses membres n’étant « ni des travailleurs ni des employeurs ». Les autorités accusent en outre l’association de poursuivre des objectifs politiques avec le soutien de l’étranger.

Estimant avoir répondu pendant une décennie aux griefs formulés contre lui, le régime demande désormais la clôture de la procédure, jugeant que son maintien porte atteinte à la crédibilité des mécanismes de contrôle de l’OIT.

Vers un durcissement de la procédure ?

Face à cette impasse, l’organisation internationale remet l’accent sur une solution qu’elle défend depuis plusieurs années : envoyer une mission de contacts directs à Cuba afin d’évaluer sur place la situation de la liberté syndicale et de renouer le dialogue avec les autorités.

Pour Iván Hernández Carrillo, ce septième avis du Comité en dix ans illustre surtout « le refus persistant du régime de reconnaître légalement l’ASIC » et de mettre fin aux discriminations visant les syndicalistes indépendants.

Le dirigeant estime que le dossier pourrait désormais franchir une nouvelle étape avec la mise en place d’une Commission d’enquête de l’OIT, la procédure la plus contraignante dont dispose l’organisation.

Une hypothèse qui traduirait l’impatience croissante de l’institution internationale face à un dossier enlisé depuis près d’une décennie et à un dialogue qui, jusqu’à présent, n’a produit aucun résultat tangible.

Sources : DDC Diario de Cuba