
Le gouvernement cubain a dévoilé un vaste programme de réformes économiques et sociales destiné à tenter de sortir le pays de la grave crise qu’il traverse. Présenté devant l’Assemblée nationale par le Premier ministre Manuel Marrero Cruz, ce plan comprend 176 mesures qui introduisent davantage de mécanismes de marché, renforcent le rôle du secteur privé et permettent une ouverture inédite du système économique tout en maintenant officiellement le cadre socialiste.
Une ouverture prudente à la propriété privée
Parmi les mesures les plus marquantes figure la possibilité pour des particuliers et des entreprises, cubains ou étrangers, d’acquérir des actions d’entreprises publiques. Le gouvernement envisage également la vente de certains actifs de l’État à des acteurs privés.
Si les autorités réaffirment le principe de propriété publique sur les secteurs stratégiques de l’économie, elles reconnaissent désormais la nécessité d’attirer des capitaux et d’offrir davantage d’espace à l’initiative privée. Le texte reconnaît même le « développement légitime » du patrimoine financier et matériel des particuliers et des entreprises.
Plus d’autonomie pour les entreprises publiques
Les entreprises d’État devraient bénéficier de pouvoirs élargis. Elles pourraient exercer toute activité légale, disposer d’une plus grande liberté dans la fixation des prix et gérer plus librement leurs bénéfices après paiement des impôts.
Le gouvernement prévoit également de simplifier les structures administratives, d’assouplir les règles de gestion et d’introduire des mécanismes permettant la restructuration, voire la faillite, d’entreprises déficitaires.
Certaines sociétés publiques pourraient être transformées en sociétés commerciales par actions, l’État conservant toutefois une participation majoritaire dans les secteurs jugés essentiels.
Le secteur privé appelé à jouer un rôle plus important
Le plan prévoit une expansion significative du secteur privé. Les délais de création d’entreprises devraient être réduits et la limite actuelle de 100 salariés pourrait être supprimée. Les structures dépassant ce seuil seraient reconnues comme de véritables entreprises privées.
Les nouvelles règles permettraient également à une même personne de posséder plusieurs sociétés, d’accéder à de nouvelles formes juridiques et de recourir à l’actionnariat privé.
Par ailleurs, les entreprises privées pourraient ouvrir des comptes bancaires à l’étranger et réaliser des opérations de retrait, une mesure particulièrement attendue par les entrepreneurs cubains.
Une première pour l’agriculture
L’une des nouveautés les plus importantes concerne le secteur agricole. Pour la première fois, la création de petites et moyennes entreprises privées dans l’agriculture serait autorisée. Jusqu’à présent, seules les coopératives pouvaient opérer dans ce domaine.
Le gouvernement souhaite également développer un marché national des intrants accessible à tous les acteurs économiques et favoriser les liens entre producteurs, fournisseurs et entreprises.
Réforme salariale et hausse du salaire minimum
Dans le secteur public, le système salarial devrait être profondément modifié. Les grilles de rémunération actuelles seraient supprimées au profit d’un salaire minimum tenant compte de l’inflation et négocié au niveau des entreprises.
Selon les annonces officielles, cette réforme s’accompagnerait d’une hausse du salaire minimum proche de 50 %, dans un contexte de forte perte du pouvoir d’achat.
Une réponse à une crise économique profonde
Ces réformes interviennent alors que Cuba traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente. Le pays est confronté à des coupures d’électricité massives, à une inflation élevée, à une pénurie de devises et à une détérioration de ses infrastructures énergétiques.
Selon les autorités, l’économie cubaine a connu une forte contraction au premier semestre 2026, avec en moyenne près de 20 heures de coupures électriques quotidiennes et un important déficit de production d’énergie.
Le président Miguel Díaz-Canel a défendu ce virage économique comme une réponse d’urgence à la situation. Il a reconnu que certains blocages relevaient non seulement des sanctions américaines, mais aussi de problèmes internes tels que la bureaucratie, la lenteur administrative et des réglementations qui freinent la production.
Un tournant économique historique
Sans remettre officiellement en cause le modèle socialiste, le programme présenté marque l’une des ouvertures économiques les plus importantes observées à Cuba depuis plusieurs décennies. En autorisant davantage d’investissements privés, en accordant plus d’autonomie aux entreprises et en donnant une place accrue aux mécanismes de marché, les autorités espèrent relancer une économie en difficulté tout en préservant le contrôle de l’État sur les secteurs stratégiques.