Fidel Castro, pour ne pas oublier

Psychopathe, sociopathe et narcissique. Doué d’une intelligence et d’une volonté sans limites, avec une persévérance hors du commun pour parvenir à ses fins.

Il y a exactement cent ans, un événement a changé le cours de Cuba. Pour le démontrer, je m’attarderai sur le recul subi par notre pays et sur les dommages causés à son peuple et à d’autres peuples du monde. Ce jour-là naquit Fidel Hipólito Ruz, inscrit des années plus tard sous le nom de Fidel Castro Ruiz. 

Sa personnalité

Psychopathe, sociopathe et narcissique. Séduisant, captivant et manipulateur, doué d’une intelligence et d’une volonté sans limites, avec une persévérance hors du commun pour parvenir à ses fins. Ces caractéristiques, associées à une absence d’éthique et à une intuition féline pour éviter le danger, ont constitué le schéma comportemental qui l’a accompagné tout au long de sa vie, qui persiste après sa mort et qui explique pourquoi il a pu s’imposer comme le chef de tout et de tous, et transformer ceux qui l’entouraient en exécutants de ses idées, en auxiliaires ou en victimes. Un mal d’une telle ampleur qu’il a mis en question le dicton populaire : « Aucun mal ne dure cent ans, ni aucun corps ne peut y résister. »

Trois subordonnés et trois victimes confirment ce qui précède. Carlos Bustillo, participant à l’attaque de la caserne Moncada, affirmait que « Fidel pouvait convaincre n’importe qui de faire n’importe quoi ». Gerardo Pérez Puelles, un autre des assaillants, disait : « Il avait une façon de captiver les gens : il pouvait rencontrer dix personnes et repartir avec dix nouvelles recrues. » Et le commandant Guillermo García, premier paysan à rejoindre l’Armée rebelle, déclara au photographe américain Lee Lockwood : « Nous laissions Fidel penser à notre place. »

Gustavo Arcos Bergnes et Mario Chanes de Armas, assaillants de Moncada, furent respectivement condamnés à 30 et dix ans de prison en raison de leurs divergences avec l’évolution prise par le processus révolutionnaire. Le commandant Humberto Sorí Marín, auditeur de l’Armée rebelle et ministre de l’Agriculture, fut fusillé en 1961. Des faits et des condamnations bien différents de ceux qui frappèrent Fidel Castro après l’attaque de Moncada en 1953 : il fut condamné à 15 ans de prison et amnistié au bout de 22 mois. Durant cette période, alors qu’il était encore incarcéré, la presse de l’époque publiait ses articles antigouvernementaux.

Sa participation à la politique

Après avoir terminé ses études secondaires dans les établissements catholiques La Salle (Santiago de Cuba) et Belén (La Havane), le jeune Fidel Castro s’inscrivit à la faculté de droit de l’Université de La Havane. Au cours de ses années d’études, il ne fut jamais élu à un poste de direction de la Fédération des étudiants universitaires (FEU), mais il participa à des aventures correspondant à son caractère : l’expédition de Cayo Confites, entre juillet et septembre 1947, dirigée contre le dictateur dominicain Rafael Leónidas Trujillo ; les événements du Bogotazo en 1948, consécutifs à l’assassinat du dirigeant du Parti libéral colombien, Jorge Eliécer Gaitán ; et les bandes de gangsters à Cuba.

Il adhéra au Parti orthodoxe, dont il fut candidat au poste de représentant aux élections de 1952, qui ne furent finalement pas organisées. Ses résultats électoraux semblent avoir un rapport avec son aversion pour la voie électorale comme moyen d’accéder au pouvoir.

La révolution de 1959

À Cuba, comme dans tous les pays, et davantage encore dans ceux qui sont peu développés, il existait des inégalités, des déficiences et des mécontentements. Mais ceux-ci ne furent ni la cause de la révolution, ni une situation nécessitant cette issue. L’économie de l’île, qui avait été détruite pendant la guerre d’indépendance achevée en 1898, occupait en 1958, soixante ans plus tard, une place de premier plan parmi les pays de la région.

Quelques chiffres suffisent. L’industrie sucrière, première richesse du pays, avait augmenté sa production de 876 027 tonnes en 1902 à 7 298 023 tonnes en 1952. L’élevage, deuxième secteur en importance, était passé de 953 911 têtes de bétail en 1902 à environ six millions en 1958. La production de café dépassa 32 000 tonnes en 1951 et, pourtant, en 2010, la récolte était tombée à seulement 6 000 tonnes.

Fulgencio Batista dans son livre Respuestas…, publié au Mexique en 1960, prédit que Fidel Castro « a commencé par tout détruire et finira par tout détruire ».

La cause de la révolution fut l’état d’ingouvernabilité sous la présidence de Carlos Prío (1948-1952), la corruption politico-administrative, les bandes de gangsters, ainsi que les attaques radiophoniques d’Eduardo Chibás contre le président de la République. Tout cela dans un contexte marqué par l’héritage de la violence pour régler les conflits sociaux et par une faible formation civique, résultant d’une nation inachevée et d’une République qui n’avait qu’un demi-siècle d’existence. Ces facteurs favorisèrent le coup d’État de 1952 et, l’année suivante, l’attaque de la caserne Moncada.

L’attaque

Le retour à l’ordre constitutionnel, interrompu par le coup d’État u 10 mars 1952, ne nécessitait pas le recours à la violence. Les mesures annoncées lors du procès consécutif à l’attaque de la caserne Moncada servirent de justification à l’effusion de sang qui s’ensuivit.

Les cinq premières lois annoncées par Fidel Castro dans son discours ne furent ensuite pas respectées. Le rétablissement de la Constitution de 1940 fut remplacé, le 7 février 1959, par la Loi fondamentale de l’État cubain, un ensemble de dispositions utilisé pour instaurer le système totalitaire. Quant aux élections libres et démocratiques qui, selon le « Manifeste de la Sierra Maestra » (mars 1957), devaient avoir lieu dans un délai d’un an, elles n’eurent jamais lieu.

On parla d’abord d’un « délai de 15 mois, plus ou moins », puis de « jusqu’à ce que les partis politiques soient pleinement développés et que leurs programmes soient clairement définis », puis du moment où tous les Cubains sauraient lire et écrire, jusqu’à ce qu’un Premier Mai le dirigeant déclare : « La démocratie directe était mille fois plus pure. » Autrement dit : des élections, pour quoi faire ?

Le pouvoir

Une autre des fausses promesses qu’il formula lors du procès de Moncada fut la suivante : « Nous avons déclenché une rébellion contre un pouvoir unique et illégitime, qui a usurpé et réuni en un seul les pouvoirs législatif et exécutif de la nation. »

Pourtant, une fois devenu gouvernant, il ajouta aux pouvoirs mentionnés le pouvoir judiciaire et assuma tous les postes décisifs de l’État, du gouvernement et du Parti.

Il confisqua toutes les propriétés liées aux moyens de production et de services. Il procéda à un échange monétaire en août 1961, par lequel, du jour au lendemain, les patrimoines accumulés par les familles cubaines furent réduits à 10 000 pesos, dont seulement 200 leur étaient remis immédiatement, le reste devant être versé à raison de 100 pesos par mois. C’est ainsi que commença l’appauvrissement systématique du peuple cubain, qui ne s’est pas arrêté jusqu’à aujourd’hui.

Avec l’Offensive révolutionnaire de 1968, il élimina les derniers vestiges de propriété privée détenus par les Cubains, tout en mettant en œuvre une succession de plans volontaristes qui conduisirent au système de rationnement le plus long de l’histoire moderne (1962-2026). Et en 1976, pour couronner le tout, une Constitution copiée sur le modèle soviétique fut promulguée, taillée sur mesure, jusqu’à ce qu’en 2002 soit déclarée l’irréversibilité du socialisme, face au danger que représentait pour le pouvoir établi le Projet Varela.

Pour garantir l’éternité du système imposé, il remplaça la société civile par des associations constitutionnellement subordonnées au pouvoir, monopolisa les médias, l’enseignement et la culture. En conséquence, le citoyen disparut et le processus de formation de la nation, encore inachevé, fut interrompu.

Les effets

L’économie, subordonnée aux caprices idéologiques du dirigeant, perdit sa nature : la production intérieure disparut, tandis que le pays manquait de devises pour acheter sur le marché international.

Sans base économique, les mesures populistes ayant un fort impact dans l’esprit des Cubains — telles que la gratuité de la santé et de l’éducation — allèrent progressivement se dégrader jusqu’à ce que les pénuries envahissent le marché. Aujourd’hui, l’absence de soins médicaux et de médicaments, la ruine des établissements scolaires et des bâtiments, la diminution drastique de la population et un désespoir généralisé provoqué par le manque de services aussi élémentaires que l’électricité et l’eau, ainsi que les villes et villages envahis par les ordures, ont ramené Cuba à une hécatombe qui n’est comparable même pas aux pires moments de l’époque coloniale.

En février 2008, pour des raisons de santé, Fidel Castro se retira officiellement du pouvoir, mais continua à l’exercer dans l’ombre, comme l’ont montré ses déclarations contre la visite du président Barack Obama à Cuba, rejetant toute possibilité d’améliorer les relations avec les États-Unis.

Épilogue

S’appuyant sur la faible formation civique et politique de la majorité des Cubains, Fidel Castro transforma le citoyen en masse, détermina de manière centralisée ce qu’il fallait faire, quand et comment il fallait le faire, ruina une économie qui était en croissance et conduisit le pays à la crise structurelle la plus profonde de son histoire : la polycrise actuelle, avec des dommages matériels et spirituels incommensurables.

Cent ans après sa naissance et 67 ans après l’instauration du système actuel, tout jugement fondé sur les résultats conduit à reconnaître sa responsabilité intellectuelle et matérielle dans la destruction d’un pays et dans l’appauvrissement d’un peuple : un phénomène presque unique dans l’histoire, qui exige la plus grande attention.

Cette nécessité est constamment torpillée par les alliés idéologiques du castrisme, qui persistent à attribuer la responsabilité à la politique des États-Unis, en ignorant que le gouvernement qu’ils défendent ne s’est jamais soumis au contrôle du peuple et qu’il est, par conséquent, illégitime.

La polycrise qui frappe Cuba s’est aggravée avec l’actuelle administration américaine, mais elle n’a pas commencé avec le décret exécutif de Donald Trump. Elle a commencé avec la suppression de la propriété privée et des libertés citoyennes, qui ont conduit le pays au point décrit précédemment et ont débouché sur une crise alimentaire, sanitaire et humanitaire galopante, sans précédent.

L’apport du castrisme consiste à avoir démontré dans la pratique l’impossibilité de construire un monde meilleur en l’absence de libertés, de participation citoyenne et des instruments juridiques nécessaires pour faire respecter la souveraineté populaire. Mais surtout, sa plus grande leçon, pour les Cubains comme pour les autres peuples, est la nécessité d’une solide formation civique et politique au sein de la société, capable d’empêcher que de tels abus se répètent dans l’histoire.

Le philosophe et homme politique français Benjamin Constant avertissait : « Aussi grand, aussi raisonnable, aussi vaste que soit le génie d’un homme, on ne doit jamais lui confier entièrement les destinées d’un pays. »

Le cas de Cuba et de Fidel Castro constitue la meilleure confirmation d’un mal qui ne doit plus jamais se reproduire.

Dimas Castellanos

Né à Jiguaní (1943), il réside à La Havane.

Il est titulaire d’un diplôme en sciences politiques ainsi qu’en études bibliques et théologiques.

Il a été professeur de philosophie marxiste, est journaliste indépendant et membre du conseil académique du Centre d’études Convivencia. Il a donné des conférences dans des universités des États-Unis et d’Europe. Il a publié quelque huit cents articles dans différents médias.

Il est l’auteur du livre La Revolución Fracasada (La Révolution échouée, Editorial HYPERMEDIA, Espagne) et coauteur et coéditeur du livre Cuba (Editorial ABC CLIO, États-Unis).

Il est membre du Conseil délibératif de Cuba Próxima. https://cubaproxima.org