Cuba – États-Unis : une relation sous tension depuis plus d’un siècle

Une intervention fondatrice en 1898

En 1898, les États-Unis interviennent pour la première fois à Cuba, alors en pleine lutte pour son indépendance vis-à-vis de l’Espagne. L’insurrection, relancée en 1895 après un premier échec, prend une nouvelle dimension avec l’entrée en guerre de Washington.

Le conflit se transforme rapidement en guerre hispano-américaine. La défaite espagnole, la même année, marque la fin de son empire colonial dans la région.

Dès janvier 1899, les États-Unis instaurent un gouvernement militaire à La Havane. Si l’indépendance cubaine est officiellement reconnue, l’amendement Platt inscrit dans la Constitution place de fait l’île sous tutelle américaine. Une influence qui perdure bien après le retrait officiel des troupes en 1902.

Une influence durable et contestée

L’ingérence américaine continue de marquer la vie politique cubaine au début du XXe siècle. En 1925, Gerardo Machado accède au pouvoir avec le soutien de Washington avant d’instaurer une dictature.

Ce n’est qu’en 1934, après sa chute, que l’amendement Platt est abrogé, mettant fin officiellement au protectorat américain.

1959 : la rupture castriste

Le tournant majeur survient en 1959. La révolution menée par Fidel Castro renverse le régime de Fulgencio Batista, allié des États-Unis.

Le nouveau pouvoir affiche rapidement sa volonté de rompre avec l’influence américaine et de se rapprocher de l’Union soviétique. Pourtant, dans un premier temps, Castro tente de maintenir un dialogue : en avril 1959, il se rend à Washington et rencontre le vice-président Richard Nixon.

Mais la méfiance s’installe. Dès 1960, un accord commercial entre Cuba et Moscou provoque une dégradation rapide des relations. Les États-Unis imposent leurs premières restrictions économiques, visant notamment les exportations de sucre, pilier de l’économie cubaine.

La baie des Cochons : un échec retentissant

En avril 1961, la tension atteint un nouveau sommet. Soutenus par la CIA, environ 1 400 exilés cubains tentent de renverser le régime en débarquant dans la baie des Cochons.

L’opération tourne court. En seulement trois jours, les forces de Castro reprennent le contrôle. Le bilan est lourd : plus de 100 morts et près de 1 200 prisonniers. Cet échec renforce considérablement la position du dirigeant cubain sur la scène internationale.

1962 : embargo et menace nucléaire

L’année suivante marque une escalade décisive. En février 1962, Washington décrète un embargo total contre Cuba, rompant l’essentiel des échanges économiques et diplomatiques.

Quelques mois plus tard, la crise des missiles plonge le monde au bord de la guerre nucléaire. L’Union soviétique installe des armes nucléaires sur l’île, à proximité immédiate du territoire américain.

Le face-à-face entre les deux superpuissances se conclut par un compromis : Moscou retire ses missiles, tandis que Washington s’engage à ne pas envahir Cuba.

Un isolement renforcé après la guerre froide

Pendant plusieurs décennies, Cuba survit grâce au soutien économique de l’Union soviétique. Mais sa chute, en 1991, plonge l’île dans une crise profonde.

Les États-Unis durcissent alors leur politique. Sous la présidence de George H. W. Bush, de nouvelles sanctions sont adoptées en 1992, visant à isoler davantage le régime cubain.

À la fin des années 1990, Bill Clinton amorce un léger assouplissement, notamment sur les exportations alimentaires. L’embargo, lui, reste en place.

2015 : le dégel historique

Après plus d’un demi-siècle de tensions, un rapprochement s’amorce au début des années 2010, avec la médiation du Vatican et du Canada.

En décembre 2014, Barack Obama annonce un tournant historique : les relations diplomatiques entre Washington et La Havane sont rétablies en juillet 2015.

L’année suivante, il devient le premier président américain à se rendre officiellement à Cuba depuis près de 90 ans.

Le retour des tensions sous Trump

Cet élan est toutefois de courte durée. L’élection de Donald Trump en 2016 marque un retour à une politique plus dure.

Restrictions de voyage, pressions économiques et critiques du régime cubain se multiplient. À la fin des années 2010, l’économie de l’île est à nouveau fragilisée.

2026 : une crise aggravée

La situation se détériore encore en 2026. La chute de Nicolás Maduro prive Cuba d’un soutien énergétique essentiel, le Venezuela cessant ses livraisons de pétrole.

Washington accentue la pression, tout en assouplissant partiellement certaines restrictions. Les États-Unis autorisent notamment la revente de pétrole vénézuélien à Cuba, sous condition que les bénéfices ne profitent pas au régime.

Dans ce contexte, l’île fait face à une crise économique et humanitaire majeure, symbole d’une relation bilatérale toujours marquée par plus d’un siècle de tensions.