Huitième nuit de manifestations à Cuba : le siège du Parti communiste attaqué à Morón

Des centaines d’habitants de Morón, dans le centre de Cuba, ont manifesté contre les coupures d’électricité qui paralysent l’île. Le siège local du Parti communiste a été incendié avant une intervention musclée des forces de sécurité. Ces mobilisations comptent parmi les plus importantes depuis les protestations de juillet 2021.

Une mobilisation qui s’étend dans le pays

La contestation populaire se poursuit à Cuba. Pour la huitième nuit consécutive, des manifestations contre les coupures d’électricité ont éclaté dans plusieurs régions du pays. Le mouvement, apparu la semaine dernière à La Havane, s’est progressivement étendu à d’autres villes de l’île.

À Morón, dans la province de Ciego de Ávila, au centre du pays, des centaines d’habitants sont descendus dans la rue. Éclairés par les lampes de leurs téléphones portables et scandant des slogans en faveur de la liberté, les manifestants ont exprimé leur colère face aux pénuries et aux longues heures de coupure de courant qui perturbent la vie quotidienne.

Le siège du Parti communiste pris pour cible

Au cours de la manifestation, des protestataires — majoritairement très jeunes — ont pris pour cible le siège local du Parti communiste de Cuba, symbole du pouvoir politique dans l’île.

Des archives, des ordinateurs et du mobilier ont été sortis du bâtiment avant d’être incendiés dans un brasier installé à quelques mètres de l’édifice, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux.

Intervention des forces de sécurité

Les forces de sécurité sont intervenues pour reprendre le contrôle de la ville. Selon plusieurs témoignages relayés en ligne, l’intervention s’est déroulée avec violence.

Des habitants affirment que les forces de l’ordre auraient ouvert le feu contre des manifestants, dont un mineur. « Des tirs sont signalés à Morón : la police tire sur un peuple désarmé et pacifique », a dénoncé sur les réseaux sociaux l’opposante Rosa María Payá.

Les plus importantes protestations depuis 2021

Ces mobilisations constituent les plus importantes depuis les manifestations historiques du 11 juillet 2021, qui avaient été sévèrement réprimées par les autorités cubaines après que le président Miguel Díaz-Canel eut déclaré que « l’ordre de combat était donné ».

Plusieurs responsables politiques à l’étranger ont exprimé leur soutien aux manifestants. Le congressiste cubano-américain Carlos Giménez a notamment appelé à soutenir « le peuple de Morón qui se mobilise dans la rue pour défendre ses droits ».

Pour l’historien Óscar Grandío, l’attaque de bâtiments liés au pouvoir pourrait signaler une radicalisation du mouvement. Selon lui, les incendies lors de manifestations sont souvent « un indicateur de radicalisation et d’un changement social imminent ».

Une crise économique et énergétique profonde

La colère populaire s’inscrit dans un contexte de crise profonde. Depuis plusieurs années, Cuba est confrontée à de fréquentes coupures d’électricité qui se sont récemment intensifiées.

Cette crise énergétique s’ajoute à des pénuries de nourriture, à un manque de médicaments et à des difficultés dans l’approvisionnement en eau, aggravant les conditions de vie d’une grande partie de la population.

Quelques heures avant les événements de Morón, le président Miguel Díaz-Canel avait reconnu à la télévision que son gouvernement menait des négociations avec les États-Unis, après l’avoir nié pendant plusieurs jours.

Premières libérations de prisonniers politiques

Ces tensions surviennent également alors que les autorités cubaines ont commencé à libérer certains prisonniers politiques dans le cadre d’un accord conclu avec le Vatican.

Une première douzaine de détenus a déjà été libérée, sur les plus de 1 200 prisonniers politiques recensés dans le pays.

Voir les images de la manifestation à Morón : https://www.instagram.com/reels/DV3WBa0jBWk