Au moins sept prisonniers politiques parmi les détenus libérés par le régime cubain

L’ONG Prisoners Defenders affirme que les peines restent en vigueur et que les détenus libérés sont soumis à une liberté conditionnelle « particulièrement restrictive ».

Après l’annonce, jeudi, par le régime cubain de la libération de 51 personnes condamnées à des peines de prison — une décision que le gouvernement lui-même a liée à ses relations avec le Vatican — l’ONG Prisoners Defenders a indiqué vendredi que au moins sept prisonniers politiques figurent parmi les personnes libérées.

Selon l’organisation, ces détenus font partie des manifestants arrêtés après les manifestations du 11 juillet 2021 (11J).

Des manifestants du 11J parmi les personnes libérées

Dans une publication sur Facebook, Prisoners Defenders a identifié plusieurs détenus politiques libérés.

Parmi eux figure Ibrahím Ariel González Hodelin, 26 ans, condamné à neuf ans de prison et détenu à la prison de Mar Verde, à Santiago de Cuba. Ariel Pérez Montesino, 52 ans, condamné à dix ans de prison et incarcéré à la prison de Guanajay, dans la province d’Artemisa, a également été remis en liberté.

La liste comprend aussi Juan Pablo Martínez Monterrey, 32 ans, condamné à 11 ans de prison et détenu dans le camp de travaux forcés Ceiba 5, à Artemisa.

S’ajoutent Ronald García Sánchez, 33 ans, condamné à 14 ans de prison et détenu dans le camp de travaux forcés Toledo 2, à Marianao, à La Havane, ainsi que Adael Jesús Leivas Díaz, 29 ans, condamné à 14 ans et détenu dans le camp de travaux forcés Zona 0, annexe de la prison Combinado del Este, également à La Havane.

Une liberté conditionnelle « particulièrement restrictive »

Malgré ces libérations, Prisoners Defenders souligne que les condamnations restent juridiquement en vigueur.

Selon l’ONG, les personnes libérées sont soumises à un régime de liberté conditionnelle extrêmement strict, comparable à un « régime carcéral à domicile ».

Des détenus toujours emprisonnés sans procès

De son côté, l’Observatoire cubain des droits de l’homme (OCDH) estime que ces mesures restent insuffisantes.

L’organisation dénonce notamment le maintien en détention de personnes incarcérées sans accusation ni procès, parmi lesquelles Ienelis Delgado Cue, Jiordan Marrero Huerta et Virgilio Mantilla Arango.

Amnesty International dénonce un manque de transparence

L’organisation Amnesty International Amériques a également critiqué le processus, dénonçant l’absence de transparence.

Selon elle, les autorités annoncent des libérations « sans liste publique et sans garanties juridiques ». Elle rappelle également que des processus similaires ont déjà été utilisés par le passé de manière « déshumanisante », avec des libérations sélectives, conditionnelles et assorties de menaces de réincarcération.

« 51 libérations ne suffisent pas. Nous exigeons la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes détenues pour des raisons politiques », a conclu l’organisation.

Une deuxième vague de libérations en quelques mois

Il s’agit de la deuxième opération de ce type ces derniers mois. En janvier 2025, le régime cubain avait annoncé la libération de 553 détenus, parmi lesquels figuraient également des prisonniers politiques.

Cependant, plusieurs organisations — dont Prisoners Defenders, Cubalex et Justicia 11J — avaient dénoncé un manque de transparence et une manipulation des chiffres. Selon elles, de nombreux détenus n’avaient pas été véritablement libérés, mais simplement transférés vers des régimes pénitentiaires plus souples.

La question des prisonniers politiques devant la CIDH

Cette semaine, lors d’une audience devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), l’OCDH a dénoncé le fait que les prisonniers politiques cubains remplissent souvent les conditions légales pour bénéficier de mesures de libération anticipée.

Selon l’organisation, ces demandes sont pourtant systématiquement rejetées, afin de maintenir une sanction exemplaire.

Le Centre de documentation des prisons cubaines et Justicia 11J ont également affirmé que certains détenus restent incarcérés jusqu’à ce que le régime décide de les utiliser comme « monnaie d’échange » dans d’éventuelles négociations politiques.

La CIDH appelle à la libération des détenus politiques

En réponse aux plaintes des organisations de la société civile cubaine, la CIDH a rappelé que l’État doit garantir la vie et l’intégrité des personnes détenues.

La commission a également souligné qu’il n’est pas admissible d’emprisonner des personnes pour avoir exprimé leurs opinions, tout en rappelant au gouvernement cubain son devoir de respecter la démocratie.

Elle a enfin appelé le régime à procéder à la libération complète de toutes les personnes détenues pour des raisons politiques.