
Le gouvernement cubain a annoncé la libération prochaine de 51 personnes condamnées à des peines de prison. Les autorités présentent cette décision comme un geste de bonne volonté envers le Vatican, à l’approche des célébrations de la Semaine sainte, dans un contexte de critiques persistantes sur le nombre élevé de prisonniers politiques dans l’île.
Un geste présenté comme humanitaire
L’annonce a été faite jeudi dans un communiqué du ministère des Relations extérieures (MINREX). Selon les autorités cubaines, cette mesure répond à un « esprit de bonne volonté » et s’inscrit dans le cadre des « relations étroites et fluides entre l’État cubain et le Vatican ».
Le gouvernement précise que les détenus concernés ont déjà purgé une partie importante de leur peine et ont fait preuve de bonne conduite en prison. La décision intervient également à la veille des célébrations religieuses de la Semaine sainte.
Les autorités soulignent qu’il ne s’agit pas d’un indult, mais de mesures pénitentiaires permettant aux détenus de sortir de prison avant la fin de leur peine, généralement sous certaines conditions.
Des contacts récents avec le Vatican
Cette annonce survient après plusieurs contacts diplomatiques entre La Havane et le Saint-Siège. Le 28 février, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, s’est rendu à Rome où il a rencontré le pape Léon XIV ainsi que le secrétaire d’État du Vatican, le cardinal Pietro Parolin.
Au cours de ces échanges, le souverain pontife a notamment plaidé en faveur d’un dialogue entre Cuba et les États-Unis.
Quelques jours plus tôt, l’ambassadeur américain à Cuba, Mike Hammer, s’était lui aussi rendu au Vatican pour s’entretenir avec Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les Relations avec les États.
Le gouvernement cubain insiste toutefois sur le fait qu’il s’agit d’une « décision souveraine » et d’une « pratique habituelle » du système judiciaire du pays, qu’il présente comme faisant partie de la « tradition humanitaire de la révolution ».
Des précédents et des chiffres contestés
Selon les chiffres officiels cités par le MINREX, près de 9 905 détenus ont bénéficié d’une grâce depuis 2010. Les autorités affirment également qu’environ 10 000 prisonniers ont été libérés au cours des trois dernières années grâce à différents dispositifs pénitentiaires.
Ces données n’ont cependant pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Dans le passé, plusieurs libérations de prisonniers ont déjà été annoncées à la suite de médiations du Vatican. La plus récente remonte à 2025, lorsque les autorités cubaines avaient annoncé la libération progressive de 553 détenus dans le cadre d’un accord avec l’administration de Joe Biden.
À l’époque, des organisations de défense des droits humains avaient dénoncé un manque de transparence dans le processus, affirmant que certains détenus avaient été placés sous des régimes pénitentiaires restrictifs plutôt que véritablement libérés.
La question des prisonniers politiques
Des organisations comme Prisoners Defenders estiment qu’à la fin du mois de février, 1 214 personnes étaient détenues à Cuba pour des raisons politiques, un chiffre record selon l’ONG.
Plusieurs organisations internationales et gouvernements étrangers réclament régulièrement la libération de ces prisonniers, notamment ceux arrêtés après les manifestations antigouvernementales du 11 juillet 2021.
Lors d’une audience récente devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), l’Observatoire cubain des droits de l’homme a dénoncé le refus systématique d’accorder des libérations anticipées aux prisonniers politiques, malgré le fait qu’ils remplissent souvent les conditions légales.
Selon l’organisation, ces détenus restent en prison jusqu’à ce que les autorités décident de les utiliser comme « monnaie d’échange » dans d’éventuelles négociations politiques.
Une annonce dans un contexte de crise
Cette décision intervient alors que Cuba traverse une profonde crise économique et sociale. L’île fait face à des pénuries généralisées, à de longues coupures d’électricité et à une situation économique particulièrement difficile.
Dans ce contexte, la question des prisonniers politiques reste l’un des principaux sujets de tension entre le gouvernement cubain, les organisations de défense des droits humains et une partie de la communauté internationale.