Sara Gómez, la première réalisatrice cubaine
Après la révolution de 1959, Sara Gómez a été la première réalisatrice cubaine de l’Institut cubain du cinéma (ICAIC). Femme et noire, elle s’est engagée dans la révolution et pour les changements dans la société cubaine en créant un nouveau langage cinématographique traitant de la race, de la classe, du genre en utilisant également le concept cubain de « cinéma imparfait ».
Née à Guanabacoa, près de La Havane (8 novembre 1942-2 juin 1974), Sara Gómez est morte à seulement 32 ans, mais son œuvre perdure. Musicienne et ethnographe de formation, elle étudie au Conservatoire de La Havane. Elle s’est tournée vers le journalisme pour exprimer ses opinions politiques et, après la révolution, elle est entrée à l’ICAIC pour travailler sur des films d’actualité, où elle a assisté des réalisateurs tels que Jorge Fraga, Tomás Gutiérrez Alea et la réalisatrice française Agnès Varda pour le film Salut les Cubains.
La triste danse de La Havane, au milieu de l’effondrement et de la misère
Aujourd’hui, je suis passé au coin de l’hôtel Saratoga pour la première fois depuis l’explosion de mai 2022. Je venais de prendre une photo montrant une partie d’un bâtiment détruit et, en arrière-plan, l’or étincelant du dôme du Capitole. Je regardais tout, je pensais à mes tâches de la journée, à la pluie qui risquait de me surprendre sans parapluie, à mes pieds en sandales, prêts à être trempés.
La nuit dernière, il y a eu un autre glissement de terrain dans la Vieille Havane. C’est quelque chose qui devient habituel quand les pluies commencent, quelque chose qui nous fait tous frissonner rien qu’en pensant au moment terrible où le soleil sort et où les murs se fissurent à cause de l’augmentation de la température.
Deux histoires, une attitude
Alina Barbara López Hernández et Boris Kagarlitsky. Tous deux ont révélé l’incohérence idéologique et politique du pouvoir. Le mensonge devenu (in)raison d’Etat. Parce qu’Alina est une intellectuelle socialiste persécutée par un gouvernement qui se déclare socialiste tout en produisant un ajustement économique brutal sur le dos de ses travailleurs. Boris est un antifasciste puni par un régime qui présente son invasion d’un pays voisin comme antifasciste.
Essais et erreurs. Commentaire sur le communisme actuel
Un siècle de “tâtonnements” du communisme réel devrait mettre en garde contre les “utopies” politiques. Cette mise en garde ne doit pas cautionner un anticommunisme vulgaire, qui viole les libertés démocratiques, stigmatise les personnes ou empêche le débat d’idées. Il ne doit pas non plus supprimer le droit de penser et d’expérimenter des modes alternatifs et autonomes de production, de consommation, de vie et de participation. Mais nous devons poursuivre le progrès sans volontarisme, sans crimes commis au nom de la justice sociale et de la rédemption humaine.
La crise la plus grave depuis 1959
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Les femmes cubaines crient des choses essentielles
Adriana Normand, qui était présente au tribunal lorsque le trovador (1) Fernando Bécquer, accusé publiquement par plus de 30 femmes de harcèlement sexuel, d’abus et d’outrage, a été reconnu coupable, nous raconte son expérience et réfléchit à la persistance du pacte patriarcal dans la société cubaine.
Les médias indépendants sont interdits à Cuba
En mai dernier, le Parlement cubain a approuvé une « loi de communication sociale » en vertu de laquelle seuls les médias d’État sont désormais autorisés.
Le texte, adopté à main levée et à l’unanimité par le plénum de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire, dispose que les médias sont «la propriété socialiste du peuple tout entier ou d’organisations politiques, de masses sociales, et ne peuvent faire l’objet d’aucun autre type de propriété».
S’adressant à l’assemblée, le président cubain Miguel Diaz-Canel a justifié la nouvelle loi par la nécessité de prévenir la « subversion ». Il a ensuite qualifié les médias indépendants de «mercenaires » dont la légitimité ne sera pas reconnue par son gouvernement. La nouvelle loi interdit par ailleurs aux médias « la subversion de l’ordre constitutionnel et la déstabilisation de l’État socialiste ».
Quelles « conquêtes sociales » les Cubains peuvent-ils défendre 70 ans après le livre « L’histoire m’absoudra » ?
Pour sa défense, Castro a décrit l’« effroyable tragédie » de Cuba en termes de six problèmes : la terre, l’industrialisation, le logement, le chômage, l’éducation et la santé du peuple.
Dans son plaidoyer d’autodéfense connu sous le titre de L’histoire m’absoudra, lors du procès qui lui était intenté pour avoir perpétré les actions manquées du 26 juillet 1953 – les assauts contre les casernes Moncada et Carlos Manuel de Céspedes de Santiago de Cuba – Fidel Castro a décrit la « terrible tragédie » que vivait Cuba en six problèmes : la terre, l’industrialisation, le logement, le chômage, l’éducation et la santé de la population.
Les noms du mal : savoir et sophisme face à un pouvoir injuste
Notre ami Armando Chaguaceda apporte, à travers le texte qui suit, un certain nombre de réflexions sur la démocratie et sur l’utilisation des concepts qui la définisse. Cela amène l’auteur à définir le pouvoir dans le cadre d’une démocratie bourgeoise, du gouvernement d’un seul homme et de la dictature du prolétariat.
Partant des notions d’autoritarisme, de totalitarisme, d’autocratie et de dictature, il remet en question la prétendue exception cubaine, en mettant en évidence le contrôle de fer d’un parti de type léniniste sur la population.
Il nous rappelle que dans la Cuba réelle, et non celle que des milliers de militants pro-castristes défendent encore, des centaines de citoyens sont emprisonnés pour avoir exercé leurs droits de manifestation et d’expression, que des milliers de personnes ont fui un pays gouverné depuis 1959 par le régime totalitaire installé par Fidel Castro.
D. P.
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La discussion sur le nom à donner à la politique actuelle à Cuba – le régime, l’État, la chose – quitte les sphères académiques pour atteindre les réseaux sociaux. La politique est devenue une question personnelle, au-delà des rituels officiels, pour de nombreuses personnes qui en sont affectées. Certains la nomment pour la louer, d’autres pour la dénigrer, d’autres encore – peut-être la majorité – simplement par intérêt pour la comprendre. Il s’agit donc d’un débat dont la pertinence dépasse le cadre académique.
Débattre de la nature et du nom du régime cubain, comme c’est le cas aujourd’hui, est tout à fait logique. Il s’agit de clarifier le contenu et le sens des mots qui identifient un pouvoir qui exerce un contrôle illimité sur la vie de millions de personnes. C’est lorsque cette société – ou du moins une partie d’entre elle – commence à extirper la gangrène morale et intellectuelle de son corps et de son esprit que la clarification des mots devient urgente et nécessaire.
Une longue histoire de cinéastes confrontés au pouvoir
Tournage de La Habana de Fito
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C’est le cas aujourd’hui avec le film La Habana de Fito, et auparavant avec Alicia en el pueblo de Maravillas, Un día de noviembre, PM et bien d’autres encore.
Le cinéma à Cuba a été historiquement une zone de confrontation idéologique et culturelle après l’émergence de l’ICAIC (Institut cubain des arts et de l’industrie cinématographiques) pro-gouvernementale en mars 1959. Dans une société où la politique culturelle a eu pour mission de contrôler idéologiquement le secteur culturel et artistique, comme c’est généralement le cas dans tous les régimes totalitaires qui ont utilisé le cinéma comme mécanisme de légitimation sociale et comme moyen de propagande, les cinéastes indépendants ont eu le courage d’affronter le pouvoir institutionnel avec ses multiples mécanismes de contrôle et de censure afin de refléter la réalité cubaine de manière objective, sans embellissements ni idéalisations. La réalisation de PM (1961), des cinéastes Sabá Cabrera Infante et Orlando Jiménez Leal, fut un événement culturel qui a déterminé la rencontre entre Fidel Castro et l’intelligentsia à la Bibliothèque nationale en cette lointaine année 1961, dont le discours Paroles aux intelectuels a été utilisé à maintes reprises par les bureaucrates et les censeurs de la culture comme une sorte de catéchisme stalinien pour justifier la censure.